Aux bois d'Holnon et d'Attilly
(Texte de Charles POETTE du 17 mai 1904)

   Le temps a été beau avant-hier dimanche; mais comme il a été sombre, incertain, le jour de l'Ascension, le matin surtout! Ce jour-là, jusqu'à midi, un brouillard épais a couvert l'atmosphère autour de nous. Aussi, la promenade dans la vallée de l'Oise vers Guise et Noyon, et celle des bois d'Holnon, l'endroit le plus pittoresque et le plus agréables des environs de Saint-Quentin, ont-elles été trop délaissées.
   Avant-hier, au contraire, le temps étaient magnifique et la température était des plus douces. Aussi, un très grand nombre de nos concitoyens et d'habitants des villages voisins en ont-ils profité pour aller promener dans les bois pour suivre l'intéressante course du Rallie-Papier.
   Beaucoup ont profité de l'occasion pour visiter les parties du bois que traverse la chaussée romaine, et celles qui se trouvent près d'Attilly dans la direction de Savy et d'Etreillers.


   Ils ont visité l'emplacement du château de Rictiovare, la vallée du Vivreux, un lieu légendaire, la Fontaine Saint-Quentin, l'emplacement de l'église de là-Haut, sur lequel s'élève un calvaire reposant sur un piédestal, orné d'un bas-relief provenant de cette église et représentant les armoiries d'un des seigneurs de Moy et d'Holnon, époux d'une dame de Caulaincourt.
   On connaît la légende de l'Eglise de là-Haut, légende d'après laquelle, vers la fin de novembre 1707, un prêtre revint, après sa mort, dans cette église, interdite par l'évêque de Noyon à la suite d'un vol, pour célébrer une messe qu'il avait oublié de dire pour une de ses paroissiennes.
    Près de l'emplacement de cette église, on voit toujours, du côté d'Attilly, les vieux arbres de l'Epée et le fossé qui entouraient la maison fortifiée qui se trouvait en cet endroit aux XI ème et XII ème siècles.
    De belles allées ouvertes vers 1840 par M. le Duc de Vicence font toujours de ce bois une promenade forestière des plus agréables.


    De lointains souvenirs et d'autres des temps actuel se rattachent à diverses parties du bois d'Holnon et d'Attilly. Il y a entre la chaussée romaine et la route vicinale n°4 de Saint-Quentin à Vermand, un vieux chemin qu'on appelle la "Grande Voirie", et, tout près de la chaussée, les vallées du Faux et du Pont, dans lesquelles les habitants d'Holnon se réfugiaient toujours lorsque les Anglais et les Espagnols se trouvaient entre Saint-Quentin et Vermand. On voit aussi la fosse à z'eaux, la Voie divine et une pierre dite de la méridienne qui rappelle le souvenir du pylône élevé en cet endroit, en 1887, pour des études faites par les officiers du génie.
   Le paysage est intéressant au dehors du bois. A l'est, du monticule où était le château de Rictiovare, on voit Saint-Quentin, Francilly-Selency, Rocourt, la vallée de la Somme et les hautes cheminées de fabriques de sucre de Seraucourt, et de l'autre côté, Fayet et son bois historique. Au nord-ouest, Nauroy apparaît sur un sommet du haut duquel on domine les environs; il y a aussi la route de Saint-Quentin à Cambrai par Bellicourt et Le Câtelet; Pontru et sa haute cheminée près des sources de l'Omignon et la route de Saint-Quentin à Villeret, Hargicourt et Le Ronssoy. Puis, tout près du bois, Vermand, Marteville, Attilly et sa tombelle, et vers le sud, Etreillers, Vaux, Savy, Rouopy, Pommery, Fluquières et les emplacements de Misery-en-Carnois, de Courteni, et la vieille voie marquée allant de Saint-Quentin à Saint-Christ, par Francilly, Trefcon, Monchy-Lagache, etc.

A l'est de Vermand, la vallée de l'Omignon, couverte d'arbres et d'arbrisseaux, se déroule depuis Pontru jusqu'au-delà de Tertry, en passant à Maissemy, Villecholles, Marteville, Villevêque, Trefcon et Cauvigny.
   Vermand reporte toujours la pensée aux temps anciens, à l'époque gauloise et à l'an 57 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire au temps où Jules César vint dans nos contrées, à Pontru, à Marteville, à Trefcon et à Vermand.

  Ainsi ai-je parlé bien souvent pendant mes promenades d'autrefois dans les bois d'Holnon et d'Attilly, à Vermand. Aujourd'hui, j'aime encore ces bois, ces localités, tous les villages de nos environs. Mais j'y passe rapidement: il faut voyager aujourd'hui dans une voiture à deux chevaux, et cela me déplaît.

Charles POETTE : le 17 mai 1904.

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