LE CHATEAU DE CAULAINCOURT
 ( Ce texte date du début du XX ème siècle. Le château ainsi que tous les tableaux et objets de cette description ont malheureusement été  entièrement détruits par les Allemands en février 1917.)

Le duc de Vicence possède, à Caulaincourt,. l'une des plus belles propriétés qu'il soit possible de voir, le château, superbe bâtiment du siècle dernier, dresse sa masse simple et sévère, et devant lui se dérou1e un magnifique parc de plus de 150 hectares. Bois, lac, prés, disposés avec art, en font une délicieuse oasis au milieu de notre contrée si fertile, mais d'un aspect si monotone.

Nous ne tenterons pas de décrire le parc; il faudrait. pour en rendre tout le charme, le pinceau de Corot. Nous nous bornerons à parler des collections du château, En entrant, on voit tout d'abord une série de bustes en marbre, aussi remarquables par la finesse de l'exécution que par la caractère des figures. Ils ornent l'antichambre, la salle à manger, l'escalier d'honneur, etc. Deux antiques, des empereurs à la tête couronnée de lauriers, nous ont particulièrement frappés.

 Les faïences de Rouen, Moustier et Strasbourg, les porcelaines des Indes, de la Chine et du Japon, étalent leurs dessins harmonieux et leurs couleurs éclatantes. le salon situé à l'une des extrémités du château, a la forme d'un octogone; le meuble, en tapisseries des Gobelins, figurant des oiseaux, des fables de la Fontaine, des bergers et des bergères, est empreint d une grâce légère qui se répand dans tout l'appartement. Les cheminées et une pendule aux cuivres finement ciselés prouvent que sous l'Empire, on a fait parfois de fort jolis travaux. Six grandes compositions de Coypel, tirées de la vie de Don Quichotte, attirent les regards, bien qu'elle soient, par endroits. un peu noires, elles peuvent être classées, à juste titre, parmi les meilleures du maître ; rien de plus comique que Sancho dans l'île de Barataria, de plus frais, de plus élégant que la rencontre, par le curée et Cardenio, de Dorothée, habillée en berger.

Les tableaux anciens sont dignement représentés dans la galerie par des pièces peu nombreuses, mais fort remarquables, provenant pour la plupart de la célèbre collection Aguado ou du château d'Heilly. Nous signalerons tout particulièrement de ravissantes grisailles d Eisen; une scène mythologique de Van Loo, un superbe Ribeira : le crucifiement de Saint-Andé, et un Murillo : la lutte de l' Ange et de Jacob. C'est une oeuvre de premier ordre où les personnages épisodiques, tout en occupant une place convenable, laissent voir un délicieux paysage; dès que vous l'apercevez, selon l'expression un peu vulgaire, mais consacrée, vous vous sentez empoigné.
 
 
Un portrait de Charles XII, donné à Marc louis de Caulaincourt, ambassadeur en Suède, au siècle dernier, nous montre une figure caractéristique, assez laide, mais pleine d'énergie, où l'on sent le héros qui a trouvé dans Voltaire un si excellent narrateur de ses nombreux exploits.
Une suite fort curieuse est celle des types russes, cosaques, etc,. qu'un duc de Vicence a rapportée de la Russie, où il fit. un long séjour. Ce ne sont que des aquarelles, mais fort intéressantes à examiner. Citons aussi les portraits des chevaux de louis XVI et de deux chevaux de Napoléon 1er dont l'un s'appelle le Wagram. C'est lui que montait l'Empereur à la bataille de ce nom et le pinceau de Vernet en a conservé le souvenir.

Des toiles, sauvées de l'incendie de Kremlin, sont très belles; mais les portraits de famille attirent surtout les regards. Il sont là, nombreux, nous rappelant tous quelque haut fait, quelque événement de notre histoire. Voici Jean V, le défenseur de Saint-Quentin, en 1557; Charles, tué jeune encore au siège de Maëstricht. en 1673, à côté de Louis XIV dont il était page, Marc Louis, guerrier et diplomate, etc.

J'en passe, et des meilleurs, pour arriver a une époque plus moderne. C'est Auguste - Jean Gabriel, le héros de la Moskowa, et Armand Augustin louis, marquis de Caulaincourt, aide de camp de Napoléon 1er , grand écuyer de France, ministre des relations extérieures. Pour lui, Napoléon 1er fit faire par l'artiste même une copie de son portrait, où Gérard le représente en grand costume du sacre, drapé dans le grand manteau aux abeilles d'or, et tenant en main le sceptre impérial.

Un autre tableau de Gérard, autrement important à nos yeux, est le portrait de Mme la duchesse de Vicence. Elle est revêtue, suivant la mode du temps, d'un Costume quelque peu asiatique, et la tête couverte d'un turban, tandis que dans un autre portrait, par Prud'hon; elle porte le vêtement de l'Empire; tous deux nous montrent une délicieuse figure où brille, dans tout l' éclat de la jeunesse, une grâce exquise. En les voyant, on ne sait qui a le mieux servi l' autre, du talent de l'artiste ou de la beauté du modèle.

Georges LECOCQ

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