Texte de Charles POETTE (22 décembre 1903)        

  Parfois les eaux de l'Omignon débordent dans les prairies, les couvrent, les inondent et forment presque partout des lacs, dont quelques-uns, longs et larges de plusieurs centaines de mètres, ressemblent aux grandes nappes d'eau qui couvrent certains espaces de notre vieux continent européen. On dirait une mer calme mais n'ayant rien de commun toutefois avec les bords régulièrement agités des ports de mer de la Manche, à Boulogne, à Calais, etc...

        L'Omigon n'a pas le même aspect que l'Oise. C'est une rivière plus modeste, un cours d'eau très ancien, dont les sources fléchissent quelquefois mais ne tarissent jamais. Jules César et ses troupes se sont reposés sur ses bords il y a deux mille ans. Ils ont vécu de ses produits, poissons divers, écrevisses et autres dont les Lucullus gaulois et romains faisaient leurs délices.

           Les eaux de l'Omignon qui venaient autrefois de Nauroy, de Riqueval, de Sequehart et de Bellenglise, sortent maintenant près de Bertaucourt entre ce village, la route d'Hargicourt et Pontru. Elles passent près du château de Pontru, se dirigent sur Vadencourt, Marteville, Villevêque, Caulaincourt, Trefcon, Cauvigny, Tertry, etc..., pour se jeter dans la Somme.

   Les eaux de l'Omignon sont élevées en ce moment. Elles bordent le sol; mais elles ne le dépassent pas. Du reste, il y a des fossés de dérivation, et les eaux toujours calmes rejoignent tranquillement et paisiblement celles de la Somme à Saint-Christ.

  La promenade n'est pas des plus agréables en ce moment dans le voisinage de la vieille rivière gauloise. Les bois qui couvrent la vallée à Vermand, à Marteville, à Caulaincourt, à Tertry, à Monchy-Lagache, à Devise, etc... sont dénudés; il n'y a plus de feuilles sur les arbres, et les lapins, les lièvres, les faisans se cachent dans les fourrés. Les corbeaux couvrent ça et là les champs et indiquent que l'hiver est venu......

Charles POETTE (22 décembre 1903)       SUITE